Ce qui s’est passé. Le Cabinet du Premier ministre a annoncé un dispositif d’identité numérique à l’échelle du Royaume-Uni. Selon l’annonce, l’identité numérique sera gratuite, comprendra le nom, la date de naissance, la nationalité ou le statut de résident et une photo, et sera stockée sur l’appareil de son titulaire ; une consultation examinera la possibilité d’y ajouter une adresse. Elle devra obligatoirement servir de preuve du droit au travail d’ici la fin de la législature, mais « les personnes ne seront pas tenues de porter leur pièce d’identité ». Le gouvernement a présenté trois objectifs : rendre le travail illégal plus difficile, faciliter l’accès à des services tels que les permis de conduire, la garde d’enfants et les prestations sociales, et réduire l’usurpation d’identité en ne partageant que les informations nécessaires dans chaque situation. Une consultation publique, notamment auprès de groupes tels que les personnes âgées et les personnes sans domicile, a été promise, ainsi qu’un accompagnement en personne pour les personnes dépourvues de smartphone.
Contexte. Le Royaume-Uni a aboli son précédent dispositif de carte d’identité nationale en 2010, lorsque l’Identity Documents Act a abrogé l’Identity Cards Act 2006 et que le registre national d’identité a été détruit. La nouvelle proposition est plus limitée dans sa forme : il s’agit d’un justificatif dans un portefeuille numérique plutôt que d’un registre central de cartes, mais elle ferait d’une identité numérique délivrée par l’État une condition préalable à l’exercice légal d’un emploi. Ailleurs en Europe, l’Estonie a fait de l’identité numérique d’État le socle des services publics depuis le début des années 2000, et les électeurs suisses ont approuvé de justesse une identité électronique d’État facultative en septembre 2025, quatre ans après avoir rejeté un modèle reposant sur des émetteurs privés.
Pourquoi c’est important. L’identité numérique devient une infrastructure essentielle de l’État, et les choix de conception sont politiques : son caractère facultatif ou obligatoire, le stockage des données de manière centralisée ou sur l’appareil, les personnes autorisées à l’exiger et les conséquences pour celles qui ne peuvent ou ne veulent pas l’utiliser. La rendre obligatoire pour une transaction à forts enjeux — l’emploi — tout en la laissant facultative ailleurs est une voie courante par laquelle ces systèmes deviennent de facto universels.
Depuis lors. En janvier 2026, les ministres ont indiqué que la nouvelle identité numérique ne serait pas le seul justificatif accepté : les contrôles du droit au travail resteraient numériques et obligatoires, mais les visas électroniques et les passeports biométriques seraient également acceptés (Full Fact). La consultation du Cabinet Office, ouverte du 10 mars au 5 mai 2026, présente l’identité numérique comme facultative pour tous les usages, sans « obligation légale pour les personnes de l’avoir ou de la présenter », et propose une loi rendant obligatoires les contrôles numériques du droit au travail d’ici la fin de la législature, les documents tels que les actes de naissance n’étant alors plus acceptés.
Points à suivre. La réponse du gouvernement à la consultation et la législation nécessaire à la mise en œuvre du dispositif ; les choix techniques concernant la minimisation des données et leur journalisation ; les mécanismes de contrôle et de recours pour les personnes à qui l’accès est refusé à tort ; et l’articulation du dispositif avec les fournisseurs privés d’identité numérique déjà certifiés pour les contrôles du droit au travail.